🇯🇵 Quelques mots sur le Japon
Le nouveau pays qui vibre.
Pendant trente ans, le Japon a été le pays où les prix ne montaient jamais. Depuis l’éclatement de la bulle de 1989, l’archipel vivait en spirale déflationniste. On avait compris la musique : consommateurs attentistes, entreprises frileuses sur les prix, salaires au point mort. La Banque du Japon a tout essayé — taux zéro, taux négatifs, achats massifs d’actifs — sans résultat durable. Cela nous rappelle nos fameux cours à Sciences Po : la trappe à liquidité.
Tout a basculé à partir de 2022. Le choc énergétique et la faiblesse du yen ont ramené l'inflation, d'abord importée, puis endogène via les services et les salaires. En décembre 2025, la BoJ a porté son taux directeur à 0,75%, plus haut niveau en trente ans, signalant que d'autres hausses suivront. Le Japon veut redevenir un pays monétairement « normal » — avec potentiellement des impacts négatifs pour les pays émetteurs de dette. Car Tokyo est le premier détenteur étranger de Treasuries US (1 100 milliards de dollars).
Wall Street y voit un moment générationnel
Marc Rowan, le CEO d’Apollo Global Management, a emmené ses associés à Tokyo dernièrement pour voir le changement de leurs propres yeux. Son verdict : le Japon traverse une « transformation générationnelle » — sur des critères notamment de gouvernance d’entreprise, de taux d’intérêt, et d’ouverture au capital privé — et affiche un « new swagger », une assurance nouvelle. Apollo voit dans le crédit privé un rôle clé pour financer les investissements massifs dont le pays a besoin en IA, semi-conducteurs et infrastructures. Rowan va jusqu’à qualifier le marché japonais de « plus dynamique que Londres ».
Un soft power magnétique
Le Japon attire aussi par sa puissance culturelle. En 2025, l’archipel a accueilli un record historique de 42,7 millions de visiteurs, pulvérisant la barre des 40 millions pour la première fois. Les dépenses touristiques ont atteint 9 500 milliards de yens (~55 milliards d’euros). Dans un monde fracturé par les tensions géopolitiques et les crises de société, le Japon apparaît comme un îlot de stabilité et de civilité qui fascine, que ce soit grâce à sa gastronomie, son patrimoine, ou bien-sûr sa sécurité, et sa propreté légendaire.
Un nouveau leadership politique, entre audace et risque
Depuis l’automne 2025, la Première ministre Sanae Takaichi — première femme à ce poste — imprime une direction nette qui inclut une relance budgétaire massive (un plan budgétaire d’environ 130-150 milliards de dollars supplémentaires), un gel de la TVA alimentaire, et des investissements stratégiques dans l’IA et les semi-conducteurs. Sa victoire écrasante aux législatives de février 2026 lui donne un mandat fort. Mais sa ligne « anti-austérité » inquiète les marchés : la dette publique est autour de 240% du PIB, et le FMI met en garde contre tout laxisme fiscal.
L’ombre au tableau : le vieillissement
Reste la contrainte structurelle la plus lourde. Le Japon vieillit plus vite que n’importe quelle grande économie avec population en recul et taux de natalité en chute libre. Marc Rowan lui-même rappelle ces « retiree populations surging » parmi les leçons des décennies perdues. C’est toute l’ambiguïté de la bascule : l’énergie nouvelle est réelle, mais le temps démographique joue contre le pays.​
Le Japon n’est donc pas un simple « comeback story ». C’est un test grandeur nature : peut-on relancer une économie vieillissante, sortir de trente ans de déflation, et moderniser son modèle — sans faire exploser la dette ? La réponse intéresse Tokyo. Elle devrait nous intéresser tout autant.




